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Maire d'une commune pastorale : un demi siècle de résistance et d'adaptation

8 mai 2017

MARCEL CANNAT : DE L’EYMARE A L’HÉMICYCLE DU DÉPARTEMENT

Marcel Cannat le 23 mai 2008 dans sa mairie à l’occasion d’une remise de décoration à Michel Eymar et Jean Pierre Vincent.

Il faut venir à la foire de la Saint Luc pour constater la forte emprise de la vie pastorale dans les mentalités des gens des Hautes Alpes. Presque tous sont très éloignés des réalités de cette activité qui conditionne encore l’essentiel du paysage et assure une bonne part de l’attractivité touristique. Pourtant dans l’imaginaire et  la mémoire collective, des liens très forts existent toujours. La foire de la Saint Luc fait la preuve chaque année de l’attachement de nombreux habitants à ces racines paysannes. Chaque foire est un rassemblement de générations de sympathisants à cette fête des traditions pastorales. On vient de loin, parfois de l’autre coté des Alpes, pour communier en quelque sorte dans un retour aux sources de la culture alpine qui dépasse largement l’aspect trivial de la foire commerciale.

Personne ne se fait d’illusion sur l’évolution inéluctable de l’économie et de la société mais on est heureux de se retrouver, de partager des souvenirs, de venir encourager les derniers représentants  d’une société séculaire de paysans éleveurs.

Un observateur curieux ne manquera pas de se poser des questions sur les notables, les officiels. Les maires du secteur honorent chaque année ce rendez vous.  En faisant abstraction des costumes, des conventions, du folklore festif et médiatique, force est de constater que bon nombre d’élus, aujourd’hui éloignés du quotidien de la vie paysanne, ont une connaissance sérieuse de ses réalités et souvent une grande complicité avec ses acteurs.

Saint Luc 2014. Bernard Leterrier, le maire de Guillestre entouré de ses collègues. Marcel Cannat à sa gauche.
 
Marcel Cannat, maire de Réotier et conseiller départemental, illustre parfaitement cette trajectoire d’une famille et d’un homme dans les bouleversements de l’économie et de la société des Hautes Alpes depuis le milieu du XXème siècle.

NE PAS SE FIER AUX APPARENCES !

Pourrait on se douter que la famille Cannat ne fait pas partie des vieilles familles de Réotier installées depuis des siècles ?  Marcel Cannat père, Marcel Cannat fils sont maires de la commune depuis plus d’un demi siècle. Marcel Cannat fils occupe ce mandat depuis 1989. Conseiller général des Hautes Alpes depuis 2001, vice président de ce même Conseil, il est un personnage incontournable dans le département. Ce n’est pas honorifique : Marcel Cannat est un actif, un battant, le modèle de l’homme politique, au sens noble, qui a fait preuve de sens pratique, de bon sens, de capacité d’adaptation et de beaucoup d’énergie, pour construire une carrière d’homme public reconnu.  Son sens des relations, sa capacité d’écoute, sa disponibilité lui valent une popularité incontestable. Bien sûr, comme tout politique qui dure et fait bouger les choses, il provoque des réactions pas toujours favorables, des jalousies. Mais c’est inhérent à toute vie publique. Amis fidèles, « clients » intéressés, jaloux, mesquins, rancuniers… Marcel peut émarger dans la liste de toutes ces catégories. Mais reconnaissons que sans les difficultés rencontrées en 2012, on pourrait considérer que la partie majoritaire de la population locale l’apprécie et admire sa carrière publique.

Intéressons nous donc à l’histoire récente de cette famille. Elle permet de mieux comprendre la singularité du cheminement professionnel et politique de Marcel Cannat.

On comprendra mieux aussi pourquoi l’activité pastorale si marginale dans le quotidien des Rotérolles d’aujourd’hui continue de structurer le paysage et bénéficie d’un accompagnement bienveillant des élus locaux et des services publics compétents.

DE GRATTELOUP A REOTIER

Auguste, le grand père de Marcel Cannat est originaire de Gratteloup.  C’est sur le territoire communal de Guillestre. Un des lieux habité autrefois, inconnu pour tous ou presque. Rien de  surprenant : un épaulement perché à 1200m d’altitude au dessus des gorges du confluent du Cristillan et du Guil. Isolé de toutes parts et accessible uniquement à pied depuis la Maison du Roi. Ne subsistent aujourd’hui que des ruines. Même à l’époque du maximum démographique, il n’y avait que 2 familles. Des  petits agriculteurs pauvres évidemment.

Les ruines de Gratteloup face au Pic (de Furfande). Les champs ont été mangés par la forêt à l’exception de rares parcelles cultivées pour attirer le gibier par les chasseurs de l’ACCA de Guillestre.

Pour sortir de cette vie misérable, le grand père, Auguste Cannat, devient cantonnier. A cette époque le préposé à cette fonction est réellement « cantonné » sur un secteur dont il est responsable. Il lui faudra beaucoup marcher pour le rejoindre car son secteur est…Réotier. Pour éviter de porter chaque jour son matériel, il dispose d’une petite cabane à la « Chiére » sur l’actuelle place de l’Assaoudi.

Auguste Cannat en 1973.(Ph. Cannat)

CANTONNIERS ET  PAYSANS : Une  autre forme de pluriactivité.

Il ne tarde pas à faire connaissance de Clémence  Collomb, des Casses, qu’il épouse.

Un incendie ayant partiellement détruit une maison des Mensolles basses, proche de sa cabane, il la rachète, pas cher, avec les terres qui vont avec. Il faudra la retaper. Pendant ce temps il reste dans le logement qu’il loue dans la maison Domeny aux Moulinets bas. C’est là que naît Marcel (le père) en 1920.

1944. Pendant la guerre Marcel Cannat et Marie Jeanne Brun. (Ph. Cannat).

Installée aux Mensolles, la famille vit du salaire du cantonnier et de la mise en valeur des terres achetées avec la ruine. C’est une modeste famille Roteirolle. Marcel est bien intégré dans le pays. En 1947, il épouse  Marie Jeanne Brun des Casses. Ils ont trois enfants Jacques, Marcel et Joël.

Mariage de Marcel et Marie Jeanne le 7 décembre 1946.(Ph. Cannat).

Ils vivent aux Mensolles basses à coté de la ferme du grand père dans une petite maison construite prés de la fontaine dans les années 1946. Ce n’est pas le confort mais la promiscuité. Il faut s’organiser pour vivre le jour, dormir la nuit. Sous la pièce unique se trouve la cave. A l’automne on ouvre la trappe sous le lit pour verser la vendange dans la cuve au-dessous. Après on calfeutre du mieux qu’on peut pour empêcher les vapeurs toxiques de fermentation de pénétrer dans la pièce de vie.

En 1962, avec la naissance de Joël il faut se rendre à l’évidence : cette petite maison proche de la fontaine est trop petite, Marcel et Jeanne décide d’investir pour une construction mitoyenne à la maison d’Auguste et de Clémence : un rez de chaussée, tout d’abord, construit par « le Pierino » un maçon de Châteauroux. Il faut faire avec les finances provenant du salaire de cantonnier et du produit de la vente du lait à Nestlé. Plus tard  on ajoute la partie supérieure et  le toit. C’est le grand luxe ! Anecdote singulière, cette pièce de l’étage, avant de devenir une chambre, sert pour une réception donnée à l’occasion de la venue de l’Évêque de Gap, afin  de discuter du maintien ou non de la messe à Réotier tous les dimanches. Monseigneur JAQUOT sait qu’il est entouré de « Picate Praïre ». Mythologie ou histoire véridique ? Toujours est-il que la messe hebdomadaire ne sera pas maintenue !

10 août 1960 La famille Cannat aux Casses.(Ph. Cannat).

Quand Auguste prend sa retraite de cantonnier son fils Marcel lui succède. Peu après, Auguste qui commençait à s’ennuyer  redemande à « l’agent voyer » sa réintégration comme simple cantonnier, histoire de s’occuper un peu ! Le camion U23 Citroën de l’Equipement est garé à « la Chiére » ; la petite cabane a été transformée en garage, très proche de l’ habitation.  La famille mène la vie rude des très petits paysans de Réotier. Marie Jeanne est la fermière. En moyenne deux vaches, une génisse et un veau constituent le cheptel. Les poules, canards, lapins et le cochon viennent compléter le tableau vivant. Toute la famille s’attelle aux travaux des champs mais comme pour beaucoup, la propriété achetée par  Auguste est composée de petites parcelles dispersées et en pente. Le plus gros handicap vient de leur localisation : toutes dans le bas de la commune.

UNE ENFANCE PAYSANNE

Pour le petit Marcel, né en 1957,  la vie n’est pas facile.

Printemps 1958 : le petit Marcel dans les bras de sa grand mère Clémence.(Ph. Cannat).

Son frère aîné Jacques est promis à une carrière intellectuelle ou ecclésiastique. Il doit quitter Réotier à partir du cours moyen et part étudier à ND du Laus. Un passage qui restera à jamais gravé dans sa mémoire. Il échappe durant le temps scolaire à quelques travaux paysans. Pas de sorties, seulement  les WE et les 3 ou 4 périodes de vacances (Pâques, grandes  vacances de juin à septembre, Toussaint et Noël). Pas de temps à perdre, durant les vacances il faut  travailler sur l’exploitation. Marcel, toujours là, est beaucoup plus souvent mis à contribution, notamment quand Marcel Père à fini sa journée. Joël encore trop jeune participera plus tard.

21 avril 1964 la famille réunie à ND du Laus pour la communion solennelle de Jacques.(Ph. Cannat).

L’école n’est pas la priorité pour Marcel. Il n’aime pas trop et on peut comprendre. L’instituteur de l’époque, Mr Buisson est terrible.  Il fait régner une discipline de fer et brutalise souvent les enfants. Pour lui l’année scolaire se termine autour du 15 ou 20 juin car les foins ont commencé.

27 août 1967. Marcel aux Mensolles.(Ph.Cannat).

Les travaux ne manquent pas : tri des pommes de terre pour la vente l’automne, aller chercher les betteraves au trou de la Chière et les couper à la hache pour les préparer, nettoyer l’écurie (faire le « jas »), l’hiver, travailler à la vigne à partir de mars. Le plus dur c’est l’été dont le début est marqué chaque année par l’achat à Gap d’un chapeau neuf. Dans les champs le soleil cogne dur ! C’est la dictature des foins : le matin on coupe « les rascles (1)  , la mourande (2)» le plus souvent à la moto-faucheuse. Jacques finit les « broues (3)  » à la faux. Sur l’exploitation Cannat presque rien n’est mécanisable. On les retourne et dés qu’ils sont secs on fait des barillons (4)(voir ici) ou des bourras (5) pour les rentrer à la grange. Plus tard on montera le foin avec le « turbo », efficace quand il ne se coince pas et plutôt dangereux car  le moteur triphasé de 4 ou 5 chevaux ne cale jamais.

Portage d’un barillon (Ph. Alain Leroy).          Portage d’un bourras.(Ph. Alain Leroy)

                            Portage d’un barillon (Ph. Alain Leroy).                                    Portage d’un bourras.(Ph. Alain Leroy).

L’après midi c’est la garde des vaches. Il y en a peu mais quand on commence à 4 ans c’est déjà l’aventure! Les Cannat doivent garder leurs bêtes « en bas », car n’ayant pas de terres « en haut » on leur refuse l’estive prés des petites montagnes (les Muandes) et à l’alpage.  Au début ils n’ont pas de quoi payer le berger  « de la bouvaïre (6)» estivant à l’Alp.

Aux Mensolles 9 février 1981. Marie Jeanne. (Ph. Cannat).

De 1961 à 1965 le petit Marcel garde tout l’été à l’Eymare (7) sous les Moulinets bas. Il fallait garder chez soi et ne pas empiéter chez les autres. Un piquet de bois avec de la paille autour était le « message » du propriétaire voisin dénonçant un mauvais gardiennage des bêtes. Parfois ça bardait ! Que les journées étaient longues ! Après les foins du matin ! Il fallait rester au moins jusqu’à six heures du soir. Les vaches devaient « profiter » pour donner assez de lait. Les terrains familiaux ne suffisant pas on pâturait les bords des routes et les communaux.

Marcel pouvait s’abriter un peu dans une petite cabane avec son chien Rouki où plus tard avec sa chienne Bergère. C’est seulement, après 1965, quand Marcel, père, deviendra maire en remplacement d’Hilarion Rey qu’un accord sera trouvé avec Justine Bonnabel qui prendra leurs bêtes au Villard. Mais le jeudi, jour où il n’y pas d’école, on continue à mener le petit Marcel en auto, retrouver Gustine,  pour garder « la bouvaïre » toute la journée, laissant de coté les devoirs ou les 100 lignes de la punition gagnée la veille. .

On peut dire que c’est une enfance de petit paysan et de « pastre (8) » !

Cette période difficile pour un enfant a laissé des traces. Marcel a gardé une sorte de frustration puisque la famille n’était pas de Réotier et à qui on refusait l’usage des terres du haut car ils n’étaient que de petits propriétaires du « bas ». Plus tard, devenu plus aisé il tiendra comme un point d’honneur de pouvoir acheter au Clot l’ancien chalet de Valentin Collomb des Casses et les terres allant avec. « C’est un peu une revanche ». Il est fier de dire maintenant que des bêtes d’autres éleveurs viennent pâturer chez lui «  la haut » ! Ces parcelles sont mises désormais à disposition du Groupement Pastoral.

Pendant l’été aussi, on se serre aux Mensolles , car pour faire rentrer un peu d’argent on loue la petite maison (le studio?) de la fontaine  à des estivants. A cette époque on ne louait pas à la semaine, mais au mois ! Le revenu est complété par la vente du lait tous les soirs aux estivants.

Le dimanche matin, obligation d’aller à la messe à St Clément, à pied bien sûr, sinon le Curé Peurois, puis Cattala refuserait que la communion soit faite. L’après midi est pour tous, le seul temps véritable de repos et d’amusement. Marcel évoque avec  plaisir ce grand père Auguste bon vivant, ouvert sur tout, aussi bien coiffeur que cordonnier, aimant la nature, pêcheur, avec qui il allait au jeu de boule de la cour de l’école. Le tout Réotier était là ! Le Ferdinand Pons, Le Mile Morel, Le Mourain, Le Mile Bonnabel, parfois des plus jeunes comme le Jean-Claude Izoard et bien d’autres figures emblématiques de cette petite commune. Les joueurs buvaient du vin blanc. Il y avait comme un rite: Marcel recevait un franc pour aller chercher chez Augustin Domeny six litres de blanc et un verre ! Et les parties acharnées se succédaient, arrosées comme il se doit. C’était sérieux : ils jouaient un franc la partie !

Peu à peu la famille vit mieux. Elle exploite aussi les terrains du grand père sur Guillestre. Et là, rien à voir : ils sont plats, mécanisables. On peut travailler à la barre de coupe. Mr Pichot vient botteler, et,  comme Mr Audier se sert de ces terres comme pâturages il nous prête son râteau « andaineur (9) », quel bonheur ! Et on peut ramener directement, avec une remorque, les bottes dans la grange. Elles  seront montées au Baoutï grâce au treuil manuel.

A partir de 1965 le modernisme peut entrer chez les Cannat : la première télé noir et blanc sera chez eux, la première voiture fonctionnelle (fini le B2,  pick up amélioré pour le transport des personnes)  et bientôt le téléphone (le 1er était chez Domeny du Fournet).  Cette manière de communiquer est illustrée de manière comique par Fernand Reynaud dans son sketch  « le 22 à Asnières ». Le téléphone chez les Cannat est cabine publique. On passe par une opératrice ! «  Allo ! Pour le 16 à St Clément pouvez-vous me passer le 22 à Asnières avec unités ? » En principe tout allait bien, la communication avait lieu, et l’opératrice donnait ensuite le nombre d’unités consommées pour que le client puisse payer sa communication.

Désormais les vaches montaient mi juin à Mikéou avec celles des Guieu, puis passaient l’été au Vallon, la Selle et à l’Alp avec le troupeau communal.

La famille peut prendre alors ses premières vacances. Pas grand chose au début : 3 jours.

Jacques, Marcel et Joël Cannat ; l’Ami6 familiale et le séminaire de Gap.

Marcel n’a pas peur : Lourdes aller retour en deux jours avec un break Ami6 pour toucher et récupérer l’eau miraculeuse !  Pour tous c’est le bonheur de la découverte. Ils trouvent ça beau. Le deuxième voyage sera un autre pèlerinage au Muy où Marcel avait fait un camp de jeunesse. Après ils partiront une semaine en location à St Cyr, La Cadiére d’Azur,  grâce à la Mutuelle des Ponts et Chaussées.

 

Marcel Cannat père et Marie Jeanne en vacances à Bandol. 9 septembre 1977.(Ph. Cannat).

Ils sont séduits par ce lieu et c’est ici que plus tard Marcel (fils) achètera un pied à terre. Il est toujours sous le charme : « Si Dieu me prête vie, c’est là que je veux aller vivre ma retraite ».

MAIRE de PÈRE EN FILS

C’est à cette époque aussi que la politique entre dans la maison Cannat. Marcel père est rentré au conseil municipal du maire Hilarion Rey. Au cours du mandat ce dernier tombe malade. Marcel  fait plus que le seconder. C’est un peu le maire par intérim. La succession semble délicate car le climat est tendu entre des conseillers marqués très à gauche (à cette époque les communistes jouent un grand rôle) et d’autre plus modérés, plus conservateurs. Marcel est de ceux là. On discute, on calcule, on essaie « d’organiser » le résultat. Mais c’est finalement Marcel qui devient maire en 1965. Il le restera jusqu’en 1989.

Marcel Cannat reste un « rural » continuant à vivre dans la tradition paysanne. Ici avec Augustin Collomb lors d’un retour de chasse.(Ph. Cannat).

Durant quatre mandats successifs, on peut dire que la municipalité de Réotier est paysanne par la composition de ses conseils et par la manière d’appréhender la vie économique.

Marcel Cannat fils lui succède. La même famille reste « aux affaires » mais on change de génération et de manière de voir l’avenir.

Une dynamique nouvelle est portée par la jeune équipe de conseillers autour de Marcel.Les  fonctions municipales traduisent bien l’évolution socio professionnelle de Réotier. Marcel Cannat père était encore un paysan, même si ce n’était pas son activité première. Son conseil municipal comptait encore une majorité de paysans (7 en 1977).

LES MAIRES DE REOTIER DEPUIS LA RÉVOLUTION (sources Régine EYMAR)
C’est la Constituante le 14 décembre 1789 qui initie la création des communes remplaçant les communautés et paroisses de l’ancien régime. Dés le 20 septembre 1792 elles héritent de l’Etat Civil, tenu auparavant par l’Eglise. C’est sous le Consulat, avec la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800) que Bonaparte arrête l’organisation actuelle.
1792 : Etienne COLLOMB                                    1888 : Pierre BRUN
1795 : Michel COLLOMB                                      1892 : Pierre BRUN
1797 : Joseph Augustin DOMENY                         1900 : Jean Baptiste DOMENY
1799 : François PONS                                         1904 : Jean Baptiste DOMENY
1800 : Jean Baptiste DOMENY                             1908 : Jean Baptiste DOMENY
1810 : Jacques JOURDAN                                    1912 : Jean Baptiste DOMENY
1816 : Joseph Augustin DOMENY                          1919 : Ferdinand GUIEU
1823 : François EYMAR                                         1929 : Hilarion REY
1826 : Jean Baptiste EYMAR                                 1935 : Jean Baptiste DOMENY
1833 : Jean Baptiste DOMENY                              1945 : Ferdinand PONS
1847 : JOURDAN                                                  1947 : Ferdinand PONS
1865 : Joseph Augustin DOMENY                           1953 : Hilarion REY
1878 : Joseph Augustin DOMENY                           1965 : Marcel CANNAT
1884 : Joseph Augustin DOMENY                           1989 : Marcel CANNAT (fils)

Marcel Cannat fils qui a vécu une enfance paysanne, est professionnellement un pur « tertiaire ». Ses conseillers municipaux sont en majorité tertiaires, comme lui. La fonction publique a succédé à la paysannerie. De quatre conseillers paysans dans les années 70, le chiffre tombe à 2, puis à 1. Aux dernières élections René Blanc ne se représente pas : il n’y a plus de conseiller municipal purement paysan. C’est triste et inquiétant pour une commune pastorale ! Heureusement le maire veille, et par leur origine, quelques conseillers ont des réminiscences des réalités de la terre et de l’élevage. Le risque de décalage et d’incompréhension augmente pourtant considérablement.

ADAPTATION ET OPPORTUNITÉS

Revenons sur le petit Marcel, Mimi pour ses voisins, que nous avons laissé au cul des vaches.

Que va-t-il devenir ? La ferme familiale est trop petite. Elle ne peut être que le complément d’une autre activité comme pour ses parents. L’école lui en fait baver.

Il parle encore avec révolte de sa vie d’écolier sous la férule de Mr Buisson. «  Il fallait travailler ou tu te faisais taper »

« A mon époque on était 24 élèves. Il fallait être à l’heure ! Mr Buisson voulait que tous arrivent en même temps. Mais nous n’avions  pas de montre. On ne l’avait en cadeau que pour la communion solennelle. Alors les enfants qui venaient du bas se regroupaient « sous le Rocher ». Quand on voyait arriver le groupe de ceux du haut, « les Cassirins », on les rejoignait pour rentrer ensemble à l’école.   Quand tu étais l’élève de service, pour une semaine, tu devais arriver une demi-heure avant. Tu lavais le tableau, tu arrosais le parquet avant de balayer, tu faisais le relevé de la température avec les minima et les maxima au thermomètre cloué sur le marronnier. En hiver tu allumais le poêle. Les parents fournissaient le bois en bûches de 20 cm. Nous le rangions dans la cave. Nous faisions aussi provision de pignons qu’on allait chercher en bordure du chemin du Père Carre en allant vers Lirette et le Coumbaras. Ces pignons étaient  stockés au grenier au dessus de l’appartement de l’instituteur et il fallait marcher sur la pointe des pieds pour éviter tout bruit. La commune fournissait aussi du charbon. Il fallait remplir le seau à la cave. »

Il quitte cette école soulagé après le CM2. Pour aller au collège à Guillestre. Il y a un ramassage scolaire. «  C’était royal » ! Le collège était encore en construction et il y  avait un préfabriqué pour salle de classe en lieu et place de l’actuelle mairie de Guillestre, le réfectoire était par contre opérationnel «  J’étais libre. Je ne faisais rien ». J’ai donc redoublé ma 6ème, continué à ne rien faire en 5ème que j’aurais du redoubler. Mon père m’a secoué et demandé ce que je voulais devenir. Je lui ai répondu que l’école ne m’intéressait pas et que la technique oui ; j’étais plus intéressé par la mécanique et l’électricité. Je me suis retrouvé dans l’école technique privée de St Jean St Nicolas dans le Champsaur. Aie, Aie, Aie ! C’était dur ! Un véritable établissement disciplinaire de curés. Il fallait travailler sinon pas de retour à la maison le dimanche « C’est dans cet établissement que j’ai fait mon armée « .

J’ai obtenu mon CAP épreuve pratique d’électricien. Je suis revenu travailler comme apprenti à Guillestre. J’allais au travail en mobylette et j’aimais bien ce que je faisais. Une semaine sur quatre je continuais ma formation au CFA d’Aix Les Milles. J’ai pu ainsi passer mon CAP épreuve théorique et avoir le CAP d’Electrotechnicien.

J’ai été embauché par l’entreprise Chevallier à Guillestre. C’était une époque dynamique. Il y avait du travail pour tous. Des grues de partout. Je me plaisais dans cette vie où je faisais un peu de tout ; y compris des bêtises, avec un patron formidable, Roland qui n’en manquait pas une! J’ai fait connaissance de Marie Palmese. Nous nous marions en 1979, le 23 juin. Ce même jour nous recevons notre permis de construire pour notre maison à Pré Toscan. Une nouvelle génération commence avec nos deux filles. »

1985. Mélanie et Stéphanie avec le grand père Marcel et Marie Jeanne devant la maison de Pré Toscan.(Ph. Cannat).

« Une passion vient se greffer sur ma vie quotidienne : l’envie d’aider et pourquoi pas de secourir. Je rentre au Centre de Secours de Guillestre et je passe mes stages de secouriste avec Michel Mouront et Christian Berthalon pour devenir caporal volontaire des Sapeurs Pompiers. »

« Je participe, toujours très motivé, à de très nombreuses interventions et en renfort sur tout l’arc Méditerranéen. Etant employé par l’état, celui-ci faisait en sorte que les agents sapeurs pompiers dégagent du temps pour accomplir cette mission au service des autres. »

23 août 1977 Le président Giscard d’Estaing à Vallouise Son discours annonçait de nombreuses mesures en faveur de la montagne. Marcel Cannat était là pour « voir » , intéressé par la dynamique qu’inspirait ce jeune président.

En réalité,  Marcel ne s’installe pas longtemps dans cette vie. Son père va partir à la retraite. Il explique à son fils qu’il aurait l’opportunité de rentrer à son tour aux Ponts et Chaussées. Il lui vante les avantages de cette administration. Il persuade Marcel de passer le concours. Il est admis avec un classement qui permettra une entrée en fonction dans les deux ans à venir.

Quand Marcel père part à la retraite le 04 septembre 1977, Marcel fils est recruté le 05 septembre  1977 comme « occasionnel ». Il passe son permis poids lourds pour être opérationnel sur les engins. L’hiver 77/78 est très enneigé. Le camion de l’Equipement stationné à la Chière sert de véhicule de ramassage du personnel, nombreux à l’époque. Le Saviem 338 du circuit de déneigement avec le « Gute » Rostan, ne chôme pas  sur tous « les petits RD » Risoul, Eygliers, Gros. Marcel s’adapte très bien et se fait remarquer pour son efficacité et sa disponibilité.

Mars 1993. Tunnel de la Revenost Gorges du Guil. Chutes de neige exceptionnelles, danger exceptionnel ; le chasse neige est bousculé par une coulée et aurait pu finir dans le Guil. Frayeur pour Marcel et son compagnon qui venaient juste de sauver une automobiliste prisonnière entre deux autres coulées. Grande épreuve physique et morale durant cette mémorable journée pour désenclaver le Haut Queyras : de 17 heures à 9 heures du matin aux commandes de l’engin dans la tempête.

Dés le premier mois, avec les nombreuses heures supplémentaires de déneigement, il constate qu’il gagne beaucoup mieux sa vie qu’auparavant. La page est définitivement tournée.  Il devient agent de travaux titulaire à l’Equipement où désormais il fait carrière.

Cette vie normale aurait pu continuer longtemps, mais l’accident de santé de son père, victime d’un infarctus, va à nouveau changer la donne. Comme il est maire, les choses sont compliquées. Il ne peut plus aller à la mairie et l’essentiel se fait à la maison. Marcel fils est de plus en plus impliqué.

Quand les élections de 1989 se préparent, il y a une belle agitation. On « complote ».  Quatre conseillers forment un noyau dur avec une volonté affichée de « booster » la modernisation de la commune. Regine Eymar, Michel Mourront, Christian Berthalon et Marcel Cannat sont têtes de liste, il y a une liste adverse.  Qui sera l’élu ?  L’avis de certains déjà très actifs sur la commune pèse lourd. Ce sera Marcel Cannat. Quelques uns s’inquiètent : « C’est un gamin ! ».

Il ne tardera pas à rassurer et donner à sa petite commune, un élan et un rayonnement que bien d’autres plus grandes lui envient. Nous sommes en 2017 et il est toujours là.

L’incendie d’ août 1993 a causé de gros dégâts et une vive émotion. Le ministre de l’agriculture Michel Barnier s’est déplacé pour rencontrer les maires des deux communes concernées. Marcel Cannat pour Réotier et Alexis Barthélemy pour St Crépin. Il était accompagné du député Patrick Ollier à sa droite et du conseiller général Gilbert Domeny à gauche.

Entre temps il a du démissionner, à contre cœur, du corps des sapeurs pompiers. Son volontariat est incompatible avec une fonction de Maire. « J’en ai pleuré pour faire ma lettre de démission. On ne quitte pas cette grande famille comme ça, »,

Qu’a cela ne tienne Marcel a retrouvé les « siens » : il est aujourd’hui  Président du SDIS 05. Délégué par l’association Nationale des Départements de France (ADF), il représente l’ensemble des départements dans une instance Parisienne (CNSR) proche du Ministère  de l’Intérieur.

15 août 2013; (Ph. Domi Collomb).

Un souvenir lui reste marqué à jamais : avoir fait un massage cardiaque à Séraphin BEAUFILS, victime lors d’un concours de boules d’un arrêt cardio/respiratoire.« Il a vécu de nombreuses années ensuite ».

On ne saurait clore une évocation de la vie publique de Marcel Cannat sans mettre un peu de lumière sur Marie. Femme discrète, d’une sociabilité agréable ; son accompagnement de Marcel joue un grand rôle dans sa dynamique. Elle occupe la fonction de secrétaire de Mairie. Elle avait commencé à s’impliquer dans ce travail avec Marcel Cannat père. C’est une professionnelle avisée, appréciée. Tous ceux qui ont travaillé avec elle reconnaissent ses grandes qualités, sa disponibilité et son habitude de ne jamais se mettre en avant.La pertinence des ses interventions simplifie la vie de tous ceux qui ont affaire à elle en mairie. Elle participe volontiers aux activités associatives de la commune toujours discrètement.

Marie Cannat lors de la fête de ses 50 ans.(Ph. Domi Collomb).

QUE FAIT LE MAIRE D’UNE PETITE COMMUNE PASTORALE ?

Saint Luc 2015 Marcel Cannat avec Jean Marie Bernard président du Conseil Départemental des Hautes Alpes.

Notre propos n’est plus de poursuivre une biographie de Marcel Cannat maire et vice président du conseiller départemental en charge des routes, des transports, du patrimoine départemental, des aérodromes, de la sécurité et des affaires militaires, d’importantes délégations que le Président du département lui à confiées avec les gros budgets correspondants.  Son témoignage sur l’évolution de sa commune qui voit fondre sa population paysanne presque en totalité tout en conservant son statut de commune pastorale est intéressant car sa famille a vécu aux commandes de la mairie toute cette période.

Les responsabilités publiques n’ont pas diminué le goût de Marcel pour les choses de la terre. Il a gardé la forme et les savoirs faire.(Ph.  Claude Bouvet).

Une chose est certaine : Marcel Cannat est un maire atypique par sa polyvalence. Comme tous ses collègues il assume les aspects administratifs de sa commune. Même si ce n’est pas un « instruit » à la mode citadine, il s’est formé sur le tas, aidé par ses conseillers. Il est passé maître dans la chasse de tout ce qui pouvait permettre à sa petite commune de mieux vivre. Les dossiers de demande de subventions,  il connait. Ainsi la modernisation des infrastructures de la commune a pu se faire plus rapidement et à un niveau remarquable.

Abraracourcix Cannat chef du village gaulois de Réotier n’a peur ni de la chute ni de la dérision. Partage de moments festifs avec ses « vaillants guerriers » porteurs concitoyens. Fête de Chorjo à Risoul. (Ph. Cannat).

Mais là où un observateur extérieur reste le plus surpris, c’est en suivant Marcel Cannat sur tous les terrains d’activités. Paysan, cantonnier, entrepreneur, électricien, mécanicien…cet homme n’a peur de rien. Depuis des décennies, il est l’acteur principal des campagnes de distillation. Comme maire il est  responsable administratif bien sûr mais il est surtout celui qui veille au bon fonctionnement et à l’entretien de l’alambic. Il fait nuit noire en novembre, quand presque tous les jours, il est là pour s’assurer que tout est en ordre.

24 octobre 2010 : lancement de la campagne 2010 de distillation.(Ph. Domi Collomb)

Une grosse chute de neige et le voilà sur un engin de déneigement pour prendre sa part du travail et rendre l’ouverture des voies plus rapide. Difficile de voir si c’est Christian ou Yves qui ont ouvert. L’agent de l’équipement connait le métier depuis toujours. Vous le rencontrerez  aussi sur un tracto pelle ou une minipelle quand il y a une urgence, ou tous les matins au garage communal pour organiser avec Yves le travail quotidien.

30 octobre 2011 Corvée à l’alambic. Marcel aux manettes du tracto-pelle.(Ph. Domi Collomb).

Une foule d’interventions pour que les choses se passent bien à Réotier : dépanner les cloches de l’église, aider un éleveur ou un habitant qui a un problème matériel….

En bref, la durée de la carrière de Marcel Cannat et son assise élargie aux responsabilités départementales sont une réponse aux questions que l’on peut se poser ou aux critiques faciles. Cet élu est un homme politique au sens premier : celui qui s’occupe de la chose publique, de la cité. Non encarté dans un parti, il s’est rangé pour être élu conseiller général en 2001 dans la majorité d’Alain Bayrou. Cette orientation que l’on pourrait qualifier de droite modérée correspondait à la vision majoritaire des électeurs du canton. Fidèle dans son engagement à ses côtés et à ses amitiés; il refuse de profiter d’une situation « politicienne » et de se retrouve dans l’opposition en 2004. Traversée du désert jusqu’en 2008 avec la présidence de Jean Yves Dusserre. En 2015 les électeurs lui ont renouvelé leur confiance.    . Être élu sans avoir besoin de ferrailler « contre » des opposants nombreux ou des rivaux dangereux est un privilège assez rare.

Posons-lui quelques questions.

Pourquoi as tu voulu rentrer au conseil municipal et devenir maire ?

« C’est un gamin  » disait t’on à son élection ? Il n’est pas bien grand c’est vrai ! Il s’amuse volontiers ! Mais attention : regardez le chemin parcouru et dépassez la première impression. N’en déplaise aux esprits chagrins Marcel a fait bouger les lignes et dispose d’assez d’énergie pour continuer à le faire.(Ph. Domi Collomb).

Mon enfance difficile ne me prédisposait pas à mes missions actuelles. Par contre elle m’a permis de  connaitre chaque coin et recoin de cette commune. Très tôt  impliqué dans la vie associative je savais que j’aimais bien aider les autres. J’avais plaisir à rendre service de manière désintéressée. En rentrant au conseil municipal, je n’avais pas la prétention d’être maire. Quand l’équipe a été constituée ce sont les anciens qui m’ont sollicité.

Conseil municipal du 6 avril 2012.(Ph. Domi Collomb).

Avais-tu des projets précis pour Réotier ?

Oui, plusieurs. Je voyais bien les urgences : d’abord amener l’eau potable aux robinets et créer un assainissement. J’en avais assez de voir un mètre de mousse blanche dans la Combe et les gens galérer avec le système des fosses septiques. Ce que j’avais vécu enfant me dictait la conduite à tenir :  maintenir une vie pastorale, faire en sorte que l’école participe le mieux possible à l’avenir de la commune.

Jean Louis Bérard, maire Saint Clément et Marcel Cannat tourne une page d’histoire. La rentrée scolaire 2014-2015 est la dernière de l’école communale. La prochaine se fera dans une nouvelle école intercommunale en construction sur la limite des deux communes aux Clapières.(Ph. Domi Collomb).

Je souhaitais aider au rapprochements des habitants en  aidant la vie associative, mettre l’éclairage public, restaurer le patrimoine communal, se faire connaître et reconnaître au sein de l’intercommunalité, le SIVOM de l’époque, du département et de la Région…

Comment réagissais-tu quand tu voyais l’effondrement de la vie paysanne sur la commune ?

Convaincu que le Tourisme et l’agriculture sont étroitement liés, j’ai toujours agi avec mes conseillers pour essayer de sauver ce qui pouvait l’être.

La préservation de nos paysages dépend du travail de nos agriculteurs. Les soutenir, les encourager, leur simplifier la vie quotidienne m’a toujours semblé une priorité. Même s’ils sont moins nombreux ils sont bien placés géographiquement sur le territoire communal et entretiennent le paysage. La qualité de l’environnement sur notre commune passe d’abord par eux.

Vendange 2013. Autour de Marcel Cannat : 4 générations participent à la fête. Les trois dernières se sont troussé les manches pour assurer la vendange. Gageons que dans la plus jeune cette participation folklorique débouchera sur le désir de quelques uns ou quelques unes de poursuivre cette tradition agricole multi séculaire.(Ph. Domi Collomb).

Que pouvais-tu faire pour accompagner cette évolution, la ralentir ou la contrarier ?

Nous avons monté des programmes FEOGA puis FEDER (Européens) pour pouvoir favoriser leur travail ; faire pâturer plus facilement certaines terres sans berger. Nous avons remis en état les cabanes d’alpages, mis à disposition des terrains communaux  à un prix de location défiant toute concurrence. En continuité du projet initié par l’ancienne municipalité nous avons obtenu des financements pour remettre en culture l’Isclasse , permis l’installation d’un couple avec des enfants en mettant à sa disposition des terrains communaux de l’Isclette pour pratiquer des cultures maraîchères, maintenu l’irrigation.

Nous sommes la seule commune de la région à ne pas appliquer de redevance sur l’aspersion. En clair nous sommes à l’écoute de nos éleveurs et ils savent que nous sommes prêts à les soutenir.

Que représente pour toi l’activité agricole sur Réotier ?

Beaucoup ! Je sais d’où je viens et je n’oublierai jamais mes racines. Voir les buissons prendre le dessus sur les prés de fauche si difficilement gagnés par nos parents me fait mal aux tripes. Je ferais tout pour que des activités agricoles perdurent et rendent notre environnement vivant.

14 octobre 1995 . Marcel, Joël et Stéphanie à la vendange.(Ph. Cannat).

Comment vois-tu son avenir ?

Voeux 2009. Marcel n’est pas un « orateur » conventionnel. Pourtant il sait parler aux gens. Dieu sait combien il en a réuni au cours de cette carrière atypique. Au delà des assistances officiélles à la complicité convenue, il a associé à de multiples occasion festives les administrés de sa commune, du canton ou du département. Chacun a pu alors mesurer sa simplicité et la facilité à s’entretenir avec lui des sujets les plus divers.(Ph. Domi Collomb).

Je continuerai à me battre jusqu’à la fin de ce mandat pour que l’intercommunalité nous aide à garantir la qualité de notre paysage. Je veux  accompagner nos agriculteurs, favoriser une « relève » et pourquoi pas un redéploiement. J’attends beaucoup de Natura 2000 avec des programmes comme les anciens FEDER pour une remise en état des terrains à vocation  de pâturage. J’ai peur du risque d’incendie du au fait que ces terres ne sont plus entretenues. J’œuvre pour une prise de conscience de cette responsabilité collective visant aussi bien l’agrément du cadre de vie que la sécurité des biens et des personnes.

Quand Marcel dit qu’il se battra….il faut le croire ! (Ph. Domi Collomb).

Notre petite commune se trouve dans une situation financière tendue. La baisse des dotations d’Etat nous oblige à un effort, à la fois d’économie, mais aussi d’imagination pour diversifier nos recettes sans alourdir trop l’effort fiscal. L’intercommunalité participe à cette nouvelle manière de gérer le territoire. Il n’empêche que nous devons nous projeter pour que nos successeurs héritent d’une situation financière saine. Ainsi l’opération avec l’Occitane pour une coopération sur l’exploitation d’une certaine quantité des eaux de la Fontaine Pétrifiante, est prometteuse. Malgré le climat très difficile lié au renforcement de la ligne THT il faut garder raison. Depuis prés de 80 ans la ligne HT fait partie de notre paysage.Sa transformation relève de l’intérêt général des hauts alpins.Nous n’avions pas le pouvoir d’empêcher en quoi que ce soit sa modernisation sur notre territoire. Nous avons utilisé tous les moyens qui étaient les nôtres pour limiter les dégâts d’impact paysager, corriger des nuisances de l’ancienne ligne prés de certaines habitations et permettre le raccordement au réseau d’habitants jusque là sans électricité. Nous aussi nous aurions préféré qu’elle passe « ailleurs » ou « autrement » ? En attendant les contribuables locaux ne se plaindront certainement pas des recettes régulières engendrées et de leur effet bénéfique sur la charge fiscale.

8 août 2014. Avec Isabelle Sandrané, sous préfète, à la Fontaine Pétrifiante, valeur sûre à travers les âges du patrimoine naturel de Réotier.(Ph. Domi Collomb).

Quand tu regardes en arrière quelles sont les actions que tu considères comme les plus réussies ? Y a-t-il des choses que tu regrettes de ne pas avoir entreprises ?

Réotier est une bonne illustration de la vraie laïcité. Marcel Cannat fut Pepone et André Bernardi, Don Camillo…mais dans une indépendance réciproque totale et une belle complicité au service des Rotérolles. Chacun dans sa spécialité.

Je ne suis pas prétentieux et sais très bien qu’on peut toujours faire plus et mieux. Je regrette de ne pas être arrivé à faire une association foncière pastorale (AFP) qui aurait pu associer l’utile à l’agréable.

Les propriétaires auraient été aidés pour entretenir, pâturer, ou planter des arbres ou même des forêts ; pour préserver le risque d’envahissement des buissons et diminuer le risque d’incendie.  Le pâturage serait rendu plus facile. Il a fallu composer pour ne pas tout compromettre et se contenter du groupement pastoral. L’inquiétude de certains propriétaires de se voir « enlever » leur patrimoine à prévalu. C’est dommage, sans doute  regrettable mais l’expérience acquise m’a appris le réalisme.

Je préfère positiver. Je suis fier, nous sommes fiers, d’avoir pu restaurer et moderniser le patrimoine pastoral à moindre frais pour les finances communales. Nos anciens seraient heureux de voir  nos cabanes d’alpages modernisées et plus confortables, facilement accessibles et entretenues régulièrement.

6 août 2009. Marcel a coupé beaucoup de rubans d’inauguration; Celle de la rénovation de la cabane d’ l’Alp lui tenait particulièrement à cœur.(Ph. Domi Collomb).

Je suis satisfait d’avoir fait le remembrement, pour moderniser l’exploitation. Réotier restera une exception. Après tous les remembrements le « Maire se fait jeter dehors » lors des élections municipales qui suivent ! Je me dis qu’avec ceux qui m’ont accompagné dans mes différents mandats on a fait sans doute de belles choses appréciées par une majorité. L’unanimité et difficile à faire, la prétention, la jalousie et la rumeur fond mal, je suis conscient d’avoir bénéficié d’un large soutien des Roteirolles. Je suis sensible aux témoignages de sympathie ou d’amitié, car la reconnaissance maintenant c’est fini ! La critique est monnaie courante : « s’il le fait c’est qu’il est bien payé, sinon il ne le ferait pas ». Je dois beaucoup à ma famille, à l’équipe municipale, aux amis au niveau du département et dans toutes les institutions.  Ils me donnent la force pour  surmonter les moments difficiles que nous réserve la vie et à tenir le cap jusqu’à la fin de mes mandats (2020/2021).

Acteur public ??? Jeu de rôle face à Denis Faure. (Ph. Cannat).

En regardant le chemin parcouru je mesure combien la confiance est difficile à gagner mais facile à perdre.  Je veux faire abstraction des personnes qui on voulu m’atteindre personnellement et tenté de me salir. La rumeur fait mal, ingérable, elle peut être destructrice. Heureusement avec le soutien des proches et des vrais amis qui aident à rebondir on surmonte les épreuves, on passe à autre chose. On retrouve l’énergie pour envisager l’avenir. On se dit que demain sera un autre jour. Pour un élu la consécration vient des urnes. La démocratie reste un arbitrage. Dans le secret de l’isoloir chaque citoyen peut manifester sa confiance ou régler ses comptes. Il n’y a que les sots qui se permettent de refuser le message d’une élection. Comme me le disait un Capitaine « quand on est un homme public  et que la démocratie s’est exprimée, il faut trouver d’autres moyens pour vous déstabiliser ».

Première rentrée à l’école intercommunale Réotier-Saint Clément. Un très lourd investissement pour l’avenir de deux petites communes qui luttent contre la désertification et le vieillissement des populations.(Ph. Domi Collomb).

(1) :Rascles : à rapprocher du verbe « racler ». Lieu dit ; champ aride.
(2) : Mourande : Nom de lieu
(3) : Broues :Les bordures de champs.
(4) : Barillons : Instrument paysan fait de cordages et barres de bois pour former une grosse botte de foin que l’on peut porter à dos ou entasser sur une charette.
(5) : Bourras : grande toile de drap, de jute, de sac…que l’on remplit de foin et que l’on referme avec des attaches cousues aux quatre coins. Sert à transporter le « ballot » de foin à dos d’homme ou d’animal.
(6) : Bouvaïre : Synonyme en patois de « bovins ».
(7) : Eymare : Comme beaucoup de noms de lieux à l’orthographe déformée suite à des dérives successive de prononciation (en patois ou en français), il s’agit de la déformation d’un nom de famille locale :Eymar, mais qui était prononcé avec la phonétique locale « limare ».
(8) : Pastre : synonyme patois de « berger »
 (9): Andainer : Pendant le séchage du foin sur le pré, avec le râteau, ou aujourd’hui la machine « andaineuse » on rassemble le foin en longue bandes